SWIM CUP 24h 19.12.17

Jolann Bovey (à g.) et Alex Ogbonna entourent la multiple championne olympique et du monde Katinka Hosszu, à la veille de plonger dans les eaux de la Swim Cup.

Image: PHILIPPE MAEDER

Par Pierre-Alain Schlosser

«Le plus dur est de se lever à 4 h 40 et de nager à 5 h 30»

Natation Les Vaudois Alex Ogbonna et Jolann Bovey sont partis à l’étranger pour progresser. Ils participeront ce soir à la Swim Cup.

La natation est un sport aussi rigide qu’un paso-doble de Camille Lacourt à Danse avec les stars. Pour réussir, pas de miracle: il faut travailler, travailler et travailler. «C’est la clé de la réussite», martelait Philippe Lucas, l’entraîneur rock’n’roll de Laure Manaudou. Mais difficile d’aligner au quotidien les «allers-retours dans une baignoire géante», comme l’imageait le double champion olympique Yannick Agnel. Les forçats des bassins doivent être forts dans leur corps et dans leur tête pour atteindre leur objectif.
Même les meilleurs sont susceptibles de craquer une fois ou l’autre. Lacourt confiait même que «nageur, c’est une vie de merde». Et encore, le dossiste de Narbonne a pu exploiter son physique avantageux et ses exploits multiples en faisant de la pub. Au plus haut de sa carrière, il touchait entre 400 000 et 500 000 euros par an. Mais récemment, il avouait qu’en étant champion du monde, il ne percevait que 60 000 euros. On comprend mieux pourquoi il a accepté de danser sur les plateaux de TF1 pour 80 000 euros.

Une passion qui a un coût

Dans ce contexte, le mérite des nageurs suisses est encore plus grand. Le Lausannois Alex Ogbonna (18 ans) est un exemple d’abnégation et de volonté. Cet été, il est parti s’établir en Écosse pour trouver une nouvelle dynamique et gagner en maturité. L’étudiant s’est offert une année sabbatique. Et là encore, son sponsor principal reste ses parents. «Une saison ordinaire coûte 16 000 francs, estime le sociétaire du Lausanne Natation et du club universitaire d’Edimbourg. La ville de Lausanne me verse 2500 francs, le Canton 2000, mon club paie les frais d’inscriptions aux compétitions et Swiss Swimming prend en charge le gros de mes déplacements à l’étranger. Le reste, ce sont mes parents qui le mettent de leur poche.»

Dans ces conditions, impossible de faire les choses à moitié. «Beaucoup de mes amis font du foot à haut niveau et se plaignent d’avoir un entraînement quotidien, poursuit le spécialiste du 50 m et du 100 m papillon. Moi, je leur dis que j’ai déjà programmé une séance le matin, que je poursuis avec du fitness l’après-midi, avant de retourner à la piscine le soir. Cela me fait huit à dix entraînements hebdomadaires dans l’eau et trois en salle de force. Honnêtement, le plus dur est de se lever à 4 h 40 pour arriver à la piscine à 5 h 15 et commencer à nager à 5 h 30.»

Détenteur du record de Suisse du 100 m brasse et du 4 x 50 m 4 nages, Jolann Bovey confirme que le lever avant 5 h est un moment difficile. Le Palinzard de 21 ans a lui aussi changé d’air pour progresser. Direction Oslo et le Lambertseter Svømmeklubb. À l’entraînement, il nage entre 65 et 70 km chaque semaine, et jusqu’à 100 km lors des camps. Faut-il nécessairement s’expatrier pour progresser? «Ce n’est pas obligatoire, estime Jolann Bovey. Maria Ugolkova s’entraîne en Suisse et elle est au sommet dans notre pays. Et elle nage à un niveau international.» Toutefois, les nageurs au passeport à croix blanche ont intérêt à rejoindre de grosses structures. «En partant à Uster ou à l’étranger, se crée une émulation qui n’existe pas forcément dans les plus petits clubs, observe Alex Ogbonna. Par exemple, je nage désormais avec Dan Wallace qui a gagné une médaille d’argent aux JO avec le relais britannique. D’autres sont allés aux Jeux du Commonwealth. Du coup, on se jauge, on essaie d’en faire plus à l’entraînement. C’est aussi ce qui nous motive à mettre le réveil à 4 h 40.»